Adieu Pierre

  • Marie Noëlle Kuhri Lefèvre

Mon Tonton Pierrot,

Pourquoi lorsque j'annonce à mon fils de 10 ans que tu es parti, il fond en larmes et devient inconsolable ? Je me replonge en arrière, et j'ai 6 ans, 7 ans , 8 ans. Tu es mon Tonton Pierre de Guengat, village Gaulois au nom imprononçable. Tu es mon Tonton Pierre qui pique quand on lui fait des bisous. Tu es mon Tonton, le grand-grand frère de ma Maman, qui a la boulangerie où ça sent super bon partout et où Tata Mireille nous laisse manger tout ce qu'on veut. Tu es mon Tonton qui m'invite à venir à 5 heures du matin rouler des croissants et jeter des baguettes dans une machine qui les roule toute seule. Aurais-tu créé une vocation chez moi ? Peut-être l'avais-je déjà, mais du moins, c'est sûr, tu y as participé.

Tu es aussi mon Tonton chez qui on fait tout le temps des courses pour le repas suivant ; et au pas de charge ! Puis, on s'assoit, ça boit l'apéro. Petits et grands rigolent, ça fait « ripaille » dans ta maison. Pis ça dure longtemps aussi… Alors, y a plein de cousins qui quittent la table pour aller jouer. Mais pas moi ! Moi, je veux du dessert. « Richaaard, les tartelettes ! »

Amuseur, rigolade, bon vivant, voilà ce que tes enfants utilisent comme mots pour annoncer la triste nouvelle sur le réseau et le souvenir qu'ils souhaitent que l'on garde de toi. C'est ce que je retiendrai aussi. C'est ce que toute la lignée que tu laisses derrière toi retiendra.

Ta lignée c'est quoi ? C'est une bande de mâles rondouillards qui font honneur à l'adage du « j'te pousse ou j'te roule ? », à la gouaille bruyante mais sincèrement accueillante, à ces maris aimants de leurs femmes et de leurs familles. Terriblement chiants, et terriblement attachants.

Je me fais son messager aujourd'hui, en espérant vous faire sourire un peu, peut-être même rire encore une fois avec lui. C'est ce que mon Tonton Pierre aurait voulu pour ce triste jour. Voici le message :

« Mireille, ne t'inquiète pas pour moi, je t'attends au bar des copains. Prends bien ton temps, ici, ils sont doués pour picoler et rigoler, mais niveau organisation pour la bouffe, ça laisse à désirer ! Y va falloir au moins une bonne décennie pour redresser tout ça. Heureusement, j'ai retrouvé Néné qui me file un coup de main, mais dis à Suzette et à mon pote Sergio qu'on aura quand même besoin d'eux prochainement pour tenir le bar et le barbeuc' («allumé avec Ziiip, un allume barbecue solide et rapide…»). On est pas pressé pour autant, et puis tant pis pour tous ces cons, ils attendront le temps qu'il faudra. PS : Dudu, je t'ai planqué une bouteille de blanc et des verres sous le plan de travail derrière le barbecue pour pas que tu sèches. »

Je ne peux m'empêcher de sourire en pensant à ça, on part toujours trop tôt, mais au rythme où tu as vécu, un mollasson lambda aurait dû tenir jusqu'à 187 ans pour réussir à faire tout ce que tu as fait dans ta vie. Voilà, c'était juste pour te dire que je t'aime et que je suis très triste, mais avec la verve des Tutunes.



Cet héritage là, ne sera jamais perdu.

Adieu PierreAdieu Pierre

C'était en février 2015 lors de nos vacances chez les Viocks...

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