Boulot, vous avez dit boulot ?
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Lorsque nous avons commencé à nous projeter dans le Gers, c'était il y a plus de 10 ans, quand nous repartions du camping d'Estang au terme de nos vacances, et que nous rêvions jusqu'à Noël d'en devenir propriétaires... Fantasmagorie.
Puis le projet s'est vraiment précisé lorsque j'ai connu mon premier licenciement et que notre univers qui tournait comme du papier à musique a soudainement été ébranlé... Nous avons alors réalisé que la dégringolade pouvait arriver vite, trop vite. La crise débutait en France, les entreprises commençaient leur chaine de licenciements, et les medias devenaient très négatifs. Les journaux TV montraient des américains qui perdaient leur maison brutalement et affrontaient la misère sans l'avoir vraiment mérité. Pour Adrien et moi, il devenait urgent de considérer notre déménagement comme une aubaine pour nous éloigner du danger, comme une opportunité de bonheur durable, et non comme une contrainte absolue provoquée par les banques dans quelques années. Pessimisme.
Sans doute avons nous un peu chargé cette mule pessimiste pour finalement servir notre rêve... Toujours est-il que nous avons décidé de mettre en vente notre maison de Saclay que nous affectionnions beaucoup et qui a marqué une grande page de notre histoire en voyant naitre nos enfants. Il nous a fallu plus d'un an pour y parvenir, pour charger toute notre vie matérielle dans un énorme camion, et pour prendre la route des vacances en sachant qu'on ne reviendrait pas sous trois semaines. Euphorie.
D'autant que les plans étaient bien ficelés : je devais conserver mon job en télétravail, ce qui nous garantissait un train de vie plus que satisfaisant. Mais les choses se sont rapidement gâtées avec mon cher employeur, et nous avons renoncé à notre collaboration. Adrien a de son coté trouvé un job dans l'hôtellerie en quelques jours, mais là encore, la collaboration s'est rapidement révélée impossible. Ce boulot le ramenait des années en arrière, sans planning fixe, à bosser 42h en 4 jours, 12 jours d'affilée, sans jour de congé fixe, sans plus jamais croiser les nains, et tout ça pour un salaire de misère. Descente.
Et nous revoilà au milieu d'un nouveau carrefour de questions, face à nos propres motivations et aux raisons qui nous ont poussés à tout quitter, mais aussi avec nos craintes de ne pas subvenir aux besoins de nos enfants. Pas longtemps. Adrien a trouvé un CDD pour le mois de décembre, et quelques chantiers jusqu'au printemps. Une nouvelle piste s'éclaircit pour la saison estivale, une piste exaltante en plus ! Bref, ça baigne pour lui. De mon coté, au pied du mur à nouveau sans boulot, j'ai décidé de tenter le tout pour le tout, et d'aller au bout de notre démarche, en trouvant un job en adéquation avec ce que je m'accorde enfin d'être, sans céder à la pression du boulot ou de mon éducation : moi ! L'ouverture d'une boutique m'est apparue comme une évidence pour compléter le joli tableau, comme un vieux rêve qui ressurgit après des années et qui accompagne toutes vos nuits... Je serai à compter de samedi prochain locataire d'une boutique de cadeaux-souvenirs à Barbotan ! Excitation.
Nombreuses sont les personnes qui nous ont mis en garde sur les risques de déménager dans le fin fond du Gers "sans boulots"; qui ont tenté de nous décourager, par crainte que nous n'y arrivions pas et que notre rêve finisse en cauchemar. (Entre nous, j'en suis persuadée, nombreuses aussi sont les personnes qui nous ont volontairement miné le moral parce que notre démarche les mettait face à leur propre trouille et à leur propre échec. La jalousie cache souvent son jeu derrière d'autres vices...). Toujours est-il que je n'ai pas encore rencontré un seul chômeur depuis notre arrivée... Certes, on ne croise pas tous les jours des cadres supérieurs qui se trimballent avec une Rolex bien rutilante ! Mais tout le monde a un job, fixe ou des CDD à la queue-leu-leu. Et quand bien même nous serions contraints d'en venir là si ma boutique ne fonctionne pas, nous avons fait ce choix de vie au vert, et les exemples que nous croisons tous les jours nous réconfortent dans notre décision. Je souhaite à tous ceux qui rêvent de changer de vie (quelle qu'elle soit) pour une autre (quelle qu'elle soit) de se faire confiance. Ce qui semble bloquer étant le boulot, le fameux boulot qui guide nos vies, je vous garantie que du boulot, quand on en veut vraiment, il y en a même au fin fond du Gers ! Réalisme positif.
